Chaque année, les navigateurs de plaisance du Pacifique Sud doivent décider vers où ils mettront le cap avant la saison des cyclones. Pour certains marins, l’aventure idéale consiste à profiter d’une folle semaine de camaraderie axée sur la piraterie à la régate Musket Cove, dans l’archipel Mamanuca des îles Fidji, avant de poursuivre vers les ports plus fréquentés de Nouvelle-Zélande et d’Australie.

Pour les retraités canadiens Martin et Angela Minshall, cette semaine-là a également revêtu une importance particulière cette année : elle coïncidait avec le 65e anniversaire de naissance de Martin.

Au moment de planifier leur retraite, les Minshall n’avaient aucune envie de passer le reste de leur vie parmi les livres, à boire du thé et à regarder la neige tomber. Ils envisageaient un autre genre d’avenir, ponctué de plages de sable blanc, de terres exotiques verdoyantes et de récifs où faire de la plongée et attraper du homard frais pour souper.

Bien qu’ils visitent à l’occasion leur maison de Vancouver, les deux aventuriers consacrent la majeure partie de l’année à naviguer autour des îles du Pacifique Sud, se laissant porter vers des directions imprévues.

« Entreprendre ce genre d’aventure s’est révélé une expérience enrichissante pour moi, a constaté Angela. Pour mon mari, c’est la réalisation du rêve d’une vie. »

 

Les prémisses de l’aventure

Il ne fait aucun doute que plus une personne commence à épargner tôt, plus ses économies ont le temps de fructifier. Après tout, l’épargne-retraite est une question de chiffres. Mais à quel moment et de quelle manière ces plans se réalisent-ils pour devenir un voyage exotique de navigation dans les îles Fidji?

Pour Martin, la préparation de sa retraite de rêve s’est amorcée à 14 ans, lorsqu’il a commencé à faire de la voile avec sa famille. Plus tard, il a partagé sa passion avec Angela, qui a appris à naviguer dans la trentaine. Le couple a débuté lentement, alors que les enfants étaient jeunes, en achetant un petit bateau qui servirait à des excursions d’un jour en famille, le long des côtes. Les enfants ont grandi, et les Minshall ont vendu ce bateau pour investir dans des matériaux afin que Martin construise un yacht plus spacieux.

Il a fallu à Martin plus de huit années de dur labeur en plus de ses heures de travail normal, mais en 1998, son bateau de rêve – le voilier Katie M II – était terminé et enfin prêt à prendre le large comme il l’avait toujours voulu. Les premiers voyages sur le Katie M II ont eu lieu dans la région, mais au bout d’un certain temps, les destinations sont devenues internationales.

« J’ai été un peu surprise de découvrir, alors que j’approchais de la fin de la cinquantaine, que mon mari voulait utiliser notre bateau, sur lequel nous naviguions joyeusement le long de la côte de la Colombie-Britannique depuis douze ans, pour traverser l’océan jusqu’en Nouvelle-Zélande en passant par les îles du Pacifique Sud, a expliqué Angela. Je croyais que ce serait le voyage d’une vie, comme l’ascension de l’Everest [qu’on ne réalise qu’une seule fois] – que mon mari relèverait le défi et qu’ensuite, ce serait le retour à la normale, à la navigation dans le nord-ouest du Pacifique pendant nos vacances. »

Mais Martin avait d’autres plans en tête pour sa femme et pour le Katie M II.

« Nous avons navigué jusqu’aux Tonga, puis jusqu’à Suwarrow dans les îles Cook, aux Samoa américaines, aux Samoa occidentales, et à Niataputapu, a relaté Angela avec ferveur. Le temps d’atteindre la Nouvelle-Zélande, Martin n’avait plus aucune envie de retourner à la navigation côtière dans la région de Vancouver et le long des côtes de la Colombie-Britannique. »

Il se trouve que ce n’était qu’un début pour Angela : « Moi aussi, je suis tombée en amour avec la navigation et je ne voulais pas mettre fin à cette aventure. »

 

Une course initiatique

De nouveaux amis néo-zélandais ont convaincu les Minshall de prendre part à la régate Musket Cove, un événement annuel tenu dans les îles Fidji où pendant une semaine, les concours de costumes, les défis de pirates et les coutumes tribales se succèdent, et la bière fidjienne coule à flots.

Durant ces festivités, le défi d’une soirée incluait un concours du meilleur hymne national qui a amené Angela et Martin à entonner l’« Ô Canada » en compagnie de huit compatriotes.

Même si chaque année quelques marins sont plus compétitifs, la plupart considèrent comme une partie de plaisir cette course de cinq jours jusqu’à Vanuatu, l’île où ils font leur dernière escale dans le Pacifique Sud avant d’arriver à leur port d’hivernage. La traversée en groupe jusqu’à Vanuatu représente une façon sécuritaire de braver la mer à l’approche de la saison des cyclones.

« Ce fut un fabuleux voyage, s’est remémoré Angela. Ça m’a fait sortir de ma zone de confort et réaliser que je suis capable d’accomplir des choses que je ne pensais jamais avoir la capacité mentale et physique de faire. »

Les amis et les proches qui ont suivi les aventures en mer des Minshall sur Facebook les ont applaudis, tout en trouvant en eux l’inspiration d’envisager leur propre retraite comme une deuxième chance de partir à l’aventure plutôt que comme une période de réduction progressive de leurs activités.

Comme Angela et Martin, de plus en plus de Canadiens considèrent la retraite comme un moyen de profiter à plein des plaisirs de la vie qu’ils ont connus pendant leurs vacances. Pour nombre d’entre eux, la question devient alors non seulement de savoir comment financer ces coûts, mais aussi comment établir la priorité des dépenses de retraite.

Pour les Minshall, le coût de l’aventure est semblable à ce qu’il leur en coûterait de rester à la maison. Les dépenses courantes se limitent aux droits d’amarrage modestes exigés par certains clubs nautiques, aux droits d’entrée et de sortie minimes à payer à l’arrivée dans un nouveau pays, et aux réparations occasionnelles à apporter au bateau, qu’ils effectuent eux-mêmes ou troquent avec d’autres plaisanciers. Les seules dépenses directes correspondent aux provisions de voyage, ce qui veut dire que les Minshall sont libres d’aller où bon leur semble.

Évidemment, la capacité de conserver ce style de vie découle de nombreuses années d’épargne-retraite et de décisions judicieuses en cours de navigation.

« Ce que je conseille aux gens qui envisagent ce style de vie à la retraite? a lancé Angela. Si vous en avez envie, ne vous laissez pas démonter par les choses qui vous effraient. Établissez simplement votre plan, puis foncez. »

D’ailleurs, les Minshall aimeraient bien quelques voix de plus pour chanter l’« Ô Canada » l’an prochain.