Dynamiser votre portefeuille

Initialement publié dans MoneySense

Mars 2012
 

Vous aimeriez stimuler le rendement de vos placements ? L’effet de levier pourrait être la solution qu’il vous faut. Mais assurez-vous de bien en connaître les risques.

Tous les bricoleurs le savent, on ne peut serrer un écrou sans clef. Il faut la force d’un levier pour effectuer le travail. Dans le domaine de l’investissement, l’effet de levier a également son utilité. Au même titre qu’une clef amplifie la force appliquée à l’écrou, l’effet de levier peut stimuler le rendement de vos placements. Mais prenez garde : si vous exercez une pression indue, vous ébrécherez l’écrou. Le recours à l’effet de levier comporte aussi des risques. Voici comment vous assurer de bien l’employer.
 

Emprunter pour cotiser au REER

Trop souvent, les Canadiens remplissent leur déclaration fiscale sans utiliser leur maximum déductible au titre du REER. Si c’est votre cas, il est peut-être temps de mettre en pratique l’effet de levier. Admettons que vos droits de cotisation REER s’élèvent à 18 000 $, mais que vous avez seulement 5 000 $ d’économies, vous empruntez la différence, soit 13 000 $, afin de maximiser votre cotisation. Si vous faites partie de la tranche d’imposition la plus élevée, vous obtiendrez un remboursement d’impôt de 6 000 $ que vous pourrez appliquer immédiatement au remboursement de votre emprunt. Il vous restera donc 7 000 $ à payer. « En général, l’effet de levier ne devrait pas faire partie d’une stratégie de retraite », souligne Rona Birenbaum, planificatrice financière agréée pour le cabinet Caring for Clients, à Toronto. « Il est correct d’emprunter pour financer son REER tant que l’on rembourse son prêt en un an. »

Quelle est la meilleure façon d’éponger un prêt REER ? En plus d’utiliser son remboursement d’impôt, Rona Birenbaum recommande de régler le solde en adoptant une démarche méthodique qui consiste à effectuer des versements automatiques mensuels.

Bien que le recours aux liquidités demeure la meilleure stratégie de cotisation REER, un emprunt d’appoint à court terme peut vous aider à atteindre vos objectifs de retraite plus rapidement, pourvu que vous ayez une attitude responsable à l’égard du crédit.
 

Emprunter pour investir à long terme

L’effet de levier peut également contribuer à augmenter le rendement de vos investissements à long terme, mais il accentue votre exposition au risque. Pour l’utiliser efficacement, vous devez respecter certaines conditions. Tout d’abord, vous devez posséder une connaissance relativement solide du domaine de la finance. Il est bon d’avoir déjà investi dans les actions ou les fonds communs de placement. Par ailleurs, vous devez être en excellente santé financière, c’est-à-dire avoir acquitté votre prêt hypothécaire en totalité, ne pas avoir de dettes et posséder un REER et un CELI bien garnis.

L’auteur et formateur financier Talbot Stevens vous suggère de vérifier quelques détails importants pour vous assurer que votre stratégie portera fruit. « Votre plan devrait comprendre une grande part d’actions, mais pas les plus risquées et certainement rien qui ne dépasse votre tolérance au risque, affirme-t-il. Privilégiez les titres canadiens pour éviter tout risque de change et visez un horizon de placement de 10 ans pour donner à votre stratégie le temps de fructifier. Et envisagez d’acheter des titres donnant droit à des dividendes pour financer les intérêts de votre emprunt.

En suivant ces principes, vous éviterez un écueil important : vous réduirez le risque de céder à l’émotion et de poser des gestes impulsifs qui compromettraient votre rendement en cas d’effondrement des marchés et de recul des prix. « Les gens utilisent souvent l’effet de levier sans en comprendre les inconvénients », remarque Al Feth, conseiller à honoraires en Ontario. « Les revirements de fortune peuvent être dramatiques si vous êtes très malchanceux. Assurez-vous de bien comprendre les tenants et aboutissants avant de risquer de l’argent qui n’est pas à vous. »

L’un des avantages de l’effet de levier est que, lorsque vous empruntez pour investir dans des titres autres qu’un compte enregistré (comme un REER), les intérêts de votre emprunt sont déductibles d’impôt. Par exemple, si votre taux marginal d’imposition est de 40 %, vos frais d’intérêt de 7 % vous coûteront seulement 4,2 % après impôt. Pour diminuer le plus possible votre exposition au risque, vous devriez songer à utiliser une stratégie d’achats périodiques par montant fixe, qui vous permettra d’échelonner vos achats sur une longue période de temps. Vous vous assurerez ainsi d’acheter davantage d’actions quand les prix sont bas, et moins quand les prix sont élevés.

Le type de prêt que vous choisissez compte également. Vous voudrez obtenir un prêt à intérêts modiques assorti de modalités de remboursement souples. Une marge de crédit hypothécaire représente un bon point de départ. Ce type de prêt est facile d’accès, possède peu de restrictions de remboursement et offre habituellement les taux les plus avantageux du marché. Il s’agit de critères importants, car pour être fructueux, l’effet de levier doit vous procurer un rendement supérieur aux frais d’intérêt encourus sur votre prêt. C’est pourquoi l’effet de levier sied mieux aux actions ; emprunter pour investir dans des CPG à faible rendement ou dans d’autres instruments à revenu fixe n’est pas un bon pari à faire.

Pour vous faire une idée du risque en jeu, rappelez-vous que si les marchés périclitent et que vous perdez tout, vous devrez quand même rembourser votre emprunt – autrement dit, vous pourriez perdre plus d’argent que vous en aviez engagé au départ. C’est pourquoi emprunter pour investir dans les marchés boursiers devrait être laissé aux investisseurs aguerris qui ne craignent pas les risques élevés. « Contentez-vous d’emprunter une somme dont vous pourrez assumer les intérêts, que la conjoncture soit favorable ou non, conseille Rona Birenbaum. Demandez-vous si, dans un marché baissier, vous seriez toujours en mesure d’acquitter les frais d’intérêt. Ce qu’il faut, c’est éviter de prendre panique et de vendre à tout prix. »

Quoi qu’il en soit, avant de mettre à l’essai une stratégie d’investissement axée sur l’effet de levier, consultez un conseiller financier et un fiscaliste pour vous assurer de bien en comprendre les risques.



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