Comment épargner pour votre moi du futur : faites appel à votre cerveau émotionnel

Amy Klein

Si vous vous êtes déjà demandé pourquoi il est si tentant de faire des achats quand vous faites du lèche-vitrines et si difficile de transformer votre revenu en épargne à long terme, sachez qu’il existe une explication naturelle à cette impulsion.

Pendant des millénaires, nos ancêtres chasseurs-cueilleurs étaient peu enclins à épargner. Ces derniers erraient à la recherche de nourriture et d’un abri et n’avaient aucune raison de trimballer des denrées précieuses comme des fruits, des légumes, des céréales et de la viande. Survivre signifiait être en mesure de consommer immédiatement et de faire preuve de parcimonie.

« Lorsqu’il s’agit d’épargner, indique le Dr Brad Klontz, professeur associé au College of Business de l’Université de Creighton, vous demandez à votre cerveau de faire quelque chose pour lequel il n’est pas programmé. »

Bien que cela puisse vous faire pousser un soupir de soulagement (nous aussi!), comprendre notre fonctionnement peut nous aider à mieux planifier pour l’avenir et à transformer la satisfaction à court terme en gains à long terme en ce XXIe siècle.

Trois générations d'une famille, et ses animaux de compagnie, réunis autour d’un canapé

Une leçon de nos ancêtres

La partie rationnelle de notre cerveau nous distingue des animaux, mais c’est le cerveau émotionnel – l’amygdale – qui contrôle notre décision d’épargner ou non (et le montant que nous épargnons).

C’est cette partie de notre nature humaine qui nous fait pleurer lorsque nous regardons Forrest Gump et qui nous émerveille lorsque nous voyons les fresques de Michel-Ange au plafond de la chapelle Sixtine. C’est ce qui nous fait penser affectueusement aux membres de notre famille longtemps après qu’ils sont partis, et ce qui nous fait conserver la première sculpture en argile que notre enfant a sculptée pour Noël à la maternelle.

« Plus les idées deviennent abstraites, explique M. Klontz, moins nous sommes motivés à agir en conséquence, et encore moins à reporter à plus tard la gratification. » Puisque nous nous soucions profondément de la souffrance humaine et de la complexité de la vie, le départ à la retraite et même l’épargne ordinaire sont parfois des notions tout simplement trop abstraites pour nous motiver à passer à l’action.

Pourtant, c’est là que nous trouvons une lueur d’espoir pour ce qui est des fonds de retraite. Cette capacité à investir de manière importante dans les gens et les choses, peu importe le degré d’abstraction, peut être reformée en vue d’investir dans les éléments émotionnels de l’épargne à long terme.

Faire appel au cerveau émotionnel

M. Klontz et son équipe de l’Université de Creighton se sont donné comme mission d’aider les gens à activer leur cerveau émotionnel et à ressentir les avantages à long terme de l’épargne. 

Dans l’une de ses plus récentes études, M. Klontz a évalué la capacité des gens à épargner lorsqu’ils profitent d’un encadrement axé sur la logique ou les émotions. Tandis qu’on a éduqué le groupe logique sur l’importance d’épargner, on a demandé aux membres du groupe émotionnel d’apporter un souvenir personnel, un objet qu’ils avaient conservé pour des raisons purement émotionnelles.

Dans la salle contenant le groupe émotionnel, M. Klontz a demandé aux participants de penser à la valeur et aux émotions associées à leur objet et d’associer ce dernier à des objectifs qu’ils avaient pour leur avenir. Par exemple, un participant a amené la pince à billets de son grand-père, qui établissait un lien avec sa famille, l’une de ses valeurs fondamentales. Elle lui rappelait également un sentiment de sécurité, le motivant à épargner davantage pour sa propre famille.

Une boule à neige décorative, une photo de famille et des clés sur une étagère en bois

« Nous voulions activer le cerveau émotionnel pour leur montrer qu’ils auraient les mêmes raisons d’épargner pour l’avenir que de conserver [un souvenir], mentionne-t-il. Cette approche a comblé l’écart entre le présent et l’avenir. »

À la fin, les participants dont le cerveau émotionnel avait été stimulé ont accru leur épargne de près de 200 %.

Deux personnes à vélo dans un parc avec la tour Eiffel au loin

Nommer ce qui est abstrait

S’il y a une chose que l’étude a enseignée à M. Klontz, c’est l’importance de donner des éléments humains à ce qui est abstrait. M. Klontz recommande particulièrement aux personnes qui éprouvent de la difficulté à faire le lien entre les habitudes actuelles et les récompenses futures, de subdiviser les comptes d’épargne en objectifs précis et de leur donner un nom.

À titre d’exemple, le fait de donner à un compte de microépargne le nom de « Fonds de vacances en Europe » ou « Fonds d’études universitaires de bébé Sam » transforme soudain un concept abstrait en un objectif tangible accompagné de célébration, d’aventure, de réussite et peut-être même de champagne.

C’est là que se trouve le paradoxe : Bien que notre nature humaine fasse en sorte qu’il soit difficile de retarder la satisfaction, c’est également elle qui nous permet de ressentir des émotions profondes et d’y trouver la motivation d’épargner pour un avenir lointain.


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